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[Fiche] Brexit, quels risques ?

par Antoine CURCHOT, Etudiant à NEOMA Business School

Le 23 juin 2016, les Britanniques ont fait part de leur volonté de quitter l’Union Européenne. Cette décision remet en cause le statu quo de la création européenne et redistribue les cartes en termes d’opportunités mais aussi de risques pour le Royaume-Uni, ses partenaires européens ou des pays tiers.

Le Brexit comme rejet des présupposés avantages de la construction européenne …

Par ce référendum, les citoyens britanniques contestent les bienfaits du régionalisme européen. Balayées donc la théorie de l’intégration économique de Belassa où l’existence d’effets d’entraînement à chaque étape de l’intégration permet de passer successivement de l’établissement de tarifs préférentiels à la zone de libre échange, à l’union douanière, puis au marché commun et enfin à l’intégration économique complète. Le Royaume-Uni juge donc que les inconvénients [1] l'emporterait sur les avantages [2]. En outre, le Royaume-Uni refuse l’intégration monétaire. Pour ce dernier, une zone à change fixe au sein de laquelle un déséquilibre conjoncturel affecte un pays membre ne peut se réajuster rapidement à cause d’une mobilité imparfaite des facteurs de production. C’est pourquoi, une partie importante de la campagne pro-Brexit était dirigée contre les méfaits de l’euro et contre l’objectif d’intégration monétaire des États membres.

… Bouleversant la marche européenne et impliquant nécessairement de nouveaux risques

Le Royaume-Uni a donc décidé de quitter l’Union du vieux continent pour s’affranchir de ses contraintes intrinsèques. Cependant cette décision n’est pas absente de risques. Dès l’annonce du Brexit, les bourses mondiales ont chuté (-7,5% Londres, -7,0% Paris, -6,7% Tokyo), et la livre a reculé de près de 11% par rapport au dollar. À court-terme, souffle un vent d’incertitude quant aux conditions de sortie, à l’avenir du lien politique et commercial entre les deux parties [3], et les conséquences internes à celles-ci (flux migratoires [4] et commerciaux par exemple). À plus long terme, les économistes s’accordent à dire que les effets seront négatifs pour nos voisins anglo-saxons.

La sortie de l’Union Européenne signifierait la fin du passeport financier [5] alors qu’elle concentre actuellement 41% des exportations de services financiers de l’Union Européenne. Par ailleurs, le Royaume-Uni n’aurait plus un accès direct au marché unique européen représentant 45% de ses exportations aujourd’hui. Ainsi, selon l’OCDE, l’effet négatif du Brexit sur le PIB du Royaume-Uni serait de 5% [6] à l’horizon 2030. Néanmoins, les conséquences à plus longue échéance restent moins évidentes car elles dépendront du futur cadre réglementaire. Quant à l’Union Européenne, l’impact économique négatif du Brexit devrait rester limité (0,3% pour la zone euro) [7]. Le risque politique et le potentiel effet domino du Brexit menant à la fragmentation voire une implosion de l’Union Européenne apparaissent eux plus importants [8].

En somme, le Brexit pose la question de l'intérêt que les Européens ont pour le projet européen, leur intérêt à poursuivre, arrêter ou défaire la construction communautaire. Ainsi pour le bien de la France et l’avenir de l’Union Européenne, les politiques, en vue des présidentielles devront s’attacher à répondre aux question suivantes: doit-on pousser plus loin l’intégration ou prend-t-elle déjà assez le pas sur la souveraineté nationale des pays membres? Créée-t-elle plus d’opportunités ou de risques? Comment contrer les risques attenants et profiter de ces opportunités? L’intégration régionale est-elle un complément au commerce international ou seulement un “second best” ?

[1] Substitution des échanges intra-zone aux échanges avec des pays tiers, distorsion par rapport aux lois de la concurrence

[2] Gains de spécialisation, économie d’échelle, allocation optimale des facteurs, effort de compétitivité accrue des entreprises

[3] Fidal Avocats, 2016 , Brexit, quelles relations commerciales entre le Royaume-Uni et le reste du monde ?

[4] Plus de la moitié des résidents non-nationaux du Royaume-Uni sont des citoyens d’autres Etats membres de l’UE

[5] Le passeport européen permet à une société de gestion, ayant obtenu un agrément par l’autorité de son pays d’origine, d‘exercer ses activités dans toute l’Union européenne ou dans un Etat partie à l’accord sur l’Espace économie européen (EEE).

[6] Kierzenkowski, Pain, Rusticelli & Zwart, The Economic Consequences of Brexit : A Taxing Decision, OCDE, Avril 2016

[7] Ithurbide, Borowski, Point sur le brexit, Amundi, 24 juin 2016

[8] M. Dabrowski, « Brexit : quelles conséquences pour l’UE ? », Bruegel, mars 2016

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