Return to site

[Fiche] Chômage : a-t-on tout essayé ?

par François DAVOINE, Etudiant en prépa au Lycée Turgot (Paris)

Le marché du travail français est de moins en moins favorable à l'offre d'emploi

  • Le taux de chômage n’est jamais descendu en dessous des 9% depuis le milieu des années 80, celui-ci s’apparente désormais à une forme de taux de chômage structurel. À titre de comparaison le chômage Allemand se situe autour de 4%. Ce taux est faible mais à relativiser car le volume d’heures est constant depuis la fin des années 90 ce qui implique une augmentation de travailleurs à temps partiel et la création de « mini-jobs ».
  • La précarité s'est installée durablement et se développe encore. 20% des travailleurs ne possèdent pas de contrats à durée indéterminée (CDI) ; 5,5% (1,4 millions) de travailleurs sont pluri-actifs et 4,6% (1,2 millions) des travailleurs ont un contrat à durée déterminée d’usage (CDDU). Bien que cela demeure interdit en France, des « contrats 0 heures » se développement au Royaume Uni (1,5 millions de travailleurs) et en Hollande.
  • Les mesures en faveur de l'emploi prises jusqu'à présent sont très coûteuses. A titre d'exemple, selon l’étude la plus favorable, le crédit d’impôt compétitivité emploi (coût de 18 milliards d’euros par an) aurait créé seulement 80.000 emplois, soit un coût par emploi de 225.000 euros.
  • Les tendances sont inquiétantes. Selon une étude prévisionnelle de Deloitte et Oxford pour 2030, l’entrée des androïdes sur le marché du travail serait à l’origine d’une disparition de 20% des emplois en France. Il s’agit de préciser que 50% de cette disparition correspond à une nouvelle répartition des tâches.

L'atonie de la croissance, l'inadéquation offre/demande et certaines rigidités sur le marché de l'emploi en sont les causes principales

Une hausse du salaire minimum n’aurait pas nécessairement d’effets négatifs sur l’emploi. Pierre Cahuc et André Zylberberg le montrent dans Le chômage nécessité ou fatalité (2005). Cet argument est illustré par un exemple bien particulier, le fait qu’une augmentation du salaire minimum dans l’État du New Jersey aux États-Unis (comparé à l’État de la Pennsylvanie dans lequel le salaire reste inchangé) n’a pas d’impact négatif sur le marché du travail. Ce phénomène particulier peut s’expliquer par le fait que les travailleurs sont en position de monopsone et que malgré l’augmentation du salaire minimum, celui-ci reste toujours inférieur à la productivité marginale du travail.

Un taux de croissance relativement faible a des conséquences directes sur le taux de chômage. La Loi d’Okun (1962) décrit une relation linéaire empirique entre le taux de croissance du PIB et la variation du taux de chômage. En dessous d'un certain seuil de croissance, le chômage augmente et au-dessus de ce seuil, il diminue. En France le seuil se situerait autour de 1% de croissance. De plus, selon cette relation, 1% de taux de croissance du PIB en plus correspondrait à 100.000 chômeurs en moins.

Le taux de chômage élevé en France peut être dû à un appariement lent et sous optimal entre employeurs et travailleurs. Les travailleurs inactifs, supportant des coûts de recherche élevés, peuvent être amenés à accepter un emploi inadapté à leurs compétences ou sous rémunéré. Lorsque l’on applique le Paradoxe de Diamond (1971) au marché du travail et aux chômeurs supportant des coûts de recherche on se rend compte que le marché du travail aboutit à un équilibre paradoxal. Chaque agent n’est plus rétribué à sa productivité marginale mais désormais à son salaire de réservation (généralement inférieur) ce qui peut finalement ôter toute incitation au travail.

La rigidité du marché du travail (rigidité qualitative et quantitative) pourrait être à l’origine de l’existence d’un taux de chômage structurel élevé et de la persistance de celui-ci. Dans le Le modèle Insiders/Outsiders (1986) Lindbeck et Snower modélisent l’existence d’une rente de situation des salariés (en CDI) pour expliquer la rigidité des salaires à la baisse même en présence d’un chômage de masse. De plus ce modèle explique la persistance des effets d’une crise (effet d’hystérésis du chômage) en France par rapport à une reprise plus rapide dans d’autres pays comme les États-Unis. Enfin afin de flexibiliser le marché du travail Olivier Blanchard et Jean Tirole proposent la création d’un contrat de travail unique en contrepartie de l’application du raisonnement « pollueur/payeur » au marché du travail. Un licenciement étant à l’origine d’externalités négatives, les employeurs doivent rembourser ce coût social à l’État. Ce raisonnement s’inspire du modèle « flexi-sécurité » danois.

Pour aller plus loin

All Posts
×

Almost done…

We just sent you an email. Please click the link in the email to confirm your subscription!

OKSubscriptions powered by Strikingly