Return to site

[Fiche] La finance est-elle plus stable qu’en 2008 ?

par Antoine CURCHOD, étudiant à NEOMA Business School

La crise de 2008 a démontré les dangers d’une grande instabilité financière

La crise des subprimes a été vectrice une importante instabilité financière synonyme de perturbations et de sévères variations sur les marchés financiers. Ce phénomène a également conduit à la défaillance d’établissements bancaires et financiers (Lehman Brothers, Fannie Mae, Freddie Mac)  avec un risque de propagation à l’ensemble du système financier – c’est le risque systémique [1]. En effet, la crise financière américaine s’est diffusée rapidement à travers différents marchés et acteurs financiers crispant ainsi les canaux de financement, l’évaluation des actifs financiers et l’allocation de l’épargne vers le crédit et l’investissement. À titre d’exemple, le montant des prêts accordés aux entreprises non financière en zone euro a diminué de 11,34% entre le 31 kanvier 2009 et le 30 novembre 2016 [2]. La propagation de l’instabilité financière à l’économie “réelle”, matérialisée notamment par la hausse du coût de financement des investissements, a eu des effets négatifs sur la croissance. C’est le cas, en 2009, pour la France (-1,6 points de PIB), l’Allemagne (-1,5 points de PIB), les Etats-Unis (-1 point de PIB), ou encore le Japon (-0,9 point de PIB) [3].

Entre 2008 et 2016, les régulateurs ont répondu à cette crise par un arsenal réglementaire plus lourd

Face à l’incapacité des économistes à prévoir la crise de 2008 et à représenter finement la réalité des cycles économico-financiers, la pensée de Hyman Minsky [4] selon laquelle le capitalisme est intrinsèquement instable a été remise au goût du jour et a inspirée les organes de régulation financière à aller vers une réglementation plus conséquente. Le sommet du G20 à Pittsburg en octobre 2009 entérine les principales décisions en la matière. Ce qui conduira les régulateurs à mettre en place un ensemble de mesures pour suivre, prévenir et corriger l’instabilité financière. Ces derniers ont agi à un niveau micro-prudentiel qui privilégie la résistance des institutions financières individuelles (Accord de Bâle III pour les Banques, Directive Solvabilité II pour les assurances, réglementation EMIR pour les marchés financiers). Mais ils sont aussi intervenus au niveau macro-prudentiel (Accord de Bâle III, et adoption du TLAC en 2015) et ont implémenté des nouvelles méthodes de stress-test pour limiter le risque systémique.

Mais la stabilité financière est-elle assurée pour autant ?

Rien n’est moins sûr. Les institutions financières des pays avancés doivent faire face à de nombreux défis comme le contexte de croissance atone couplée aux taux d’intérêt bas et à l’adaptation réglementaire. D’après le rapport du FMI d’octobre 2016 sur la stabilité financière dans le monde, encore 25% des banques des pays avancés seraient sujettes à de graves difficultés structurelles et resteraient encore affaiblies par la crise. Ainsi certains facteurs de risques ne restent-ils pas en suspens ou n’en ressortent pas renforcés ? On peut penser au niveau élevé de dettes à l’échelle mondiale, la place croissante occupée par le shadow-banking, le réchauffement climatique, la cyber-sécurité, ou encore le développement rapide des systèmes financiers dans les pays émergents.

Pour aller plus loin :

[1] Dominique PLIHON, « Crises financières - Instabilité financière  »

[2] Base de données de la BCE

[3] Bricongne, Fournier, Lapègue et Monso, De la crise financière à la crise économique L’impact des perturbations financières de 2007 et 2008 sur la croissance de sept pays industrialisés, 2010

[4] H. Minsky, Stabilizing an Unstable Economy, 1986

All Posts
×

Almost done…

We just sent you an email. Please click the link in the email to confirm your subscription!

OKSubscriptions powered by Strikingly