Return to site

[Fiche] La jeunesse est-elle sacrifiée ?

par Hugo FERELLOC, Etudiant à l'IEP de Rennes

Les études réalisées par l’INSEE sur le niveau de vie montrent que de la fin des années 1980 aux années 2000, la croissance a permis à chaque génération de disposer d’un niveau de vie supérieur à la génération précédente. De plus, au regard des tendances longues d’amélioration de l’éducation et de l’espérance de vie, rien ne permet de dire que les jeunes d’aujourd’hui sont défavorisés par rapport à la génération précédente. En quoi la jeunesse pourrait-elle alors être sacrifiée ?

La crise économique a relancé le débat sur l’idée ancienne d’une « jeunesse sacrifiée ». Certaines études ont notamment mis en lumière l’existence d’un « effet cicatrice » qui affecterait sur le long-terme les générations entrant sur le marché du travail en temps de crise. Celles-ci subiraient alors davantage de précarité, de chômage et des faibles rémunérations au cours de leurs vies. Cette théorie est toutefois contestée et trois économistes de l’INSEE ont évalué que cet effet disparaîtrait après quelques années (Gaini, M., Leduc, A., & Vicard, A. (2013). Peut-on parler de «générations sacrifiées»? Entrer sur le marché du travail dans une période de mauvaise conjoncture économique. Economie et statistique).

D’autre part, la crise a entraîné une hausse importante du chômage et durci les conditions d’accès au travail pour les jeunes. Dans l’OCDE, le chômage des jeunes de 15 à 24 ans a augmenté de 6,5 points entre 2007 et 2009. Tandis que 6,2% des actifs sont au chômage, il touche 13% des 15-24 ans et près d’un jeune sur quatre en France. Au sein de l’Union Européenne, le taux de chômage des moins de 25 ans s’établit à 18,4%, tandis que le chômage concerne ‘seulement’ 8,5% de l’ensemble des actifs européens. Les jeunes ont aussi été affectés par une précarisation de l’emploi avec une hausse des embauches via des contrats temporaires, des contrats aidés. En 2014, plus de la moitié des jeunes Français de 15 à 24 ans avaient un emploi précaire. Cela fait souvent des jeunes la variable d’ajustement sur le marché du travail et leur rend l’accès au logement plus difficile (voir le modèle insiders-outsiders de Lindbeck et Snower). Enfin, les jeunes sont la classe d’âge la plus touchée par la pauvreté avec un taux de près de 20% lorsqu’elle touche ‘seulement’ 14,3% de la population totale.

La jeunesse pourrait également être fragilisée par le remboursement de la dette contractée par les générations précédentes. La dette publique s’établit aujourd’hui à 97% de notre PIB. La dette environnementale pèserait également puisque c’est près de la moitié du “budget carbone”, nécessaire pour limiter le réchauffement à +2°C, qui a été consommé ces dix dernières années.

Ces évolutions masquent toutefois des disparités importantes au sein d’une même génération. La jeunesse n’est effectivement pas un ensemble homogène, entre les très qualifiés ayant plus facilement accès aux emplois stables et les moins qualifiés subissant davantage le chômage par exemple. De même, il existe de réelles disparités entre étudiants et jeunes actifs. Il est ainsi très difficile de tirer des conclusions pour l’ensemble d’une génération.

All Posts
×

Almost done…

We just sent you an email. Please click the link in the email to confirm your subscription!

OKSubscriptions powered by Strikingly