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[Fiche] La mondialisation, ennemie de l’emploi ?

par Antoine CURCHOD, Etudiant à NEOMA Business School

La mondialisation « heureuse » une illusion ?

Nombreux sont ceux qui pointent du doigt la mondialisation comme responsable de la situation économique actuelle des pays les plus avancés. Dès 1999, Maurice Allais [1], Prix Nobel d’économie, dénonçait les délocalisations imputées au libre-échange et à la dérégulation financière qui étaient à l’origine de l’essentiel du chômage subit, du creusement des inégalités, du déclassement, et de l’appauvrissement des classes moyennes. Récemment, l’idée d’une marche inverse vers la démondialisation – un renforcement des barrières douanières et une re-territorialisation de la production – prend de l’ampleur. Cette pensée s’est immiscée dans le débat politique avec la montée des extrêmes, mais aussi dans la conscience collective [2]. L’élection de Trump et la victoire du Brexit en sont les derniers exemples en date.

La mondialisation aurait des effets négatifs sur l’emploi…

La mondialisation aurait donc montré ses limites car la déréglementation généralisée des échanges serait responsable de la précarisation du travail et du chômage de masse en Occident. En outre l’emploi des pays occidentaux serait soumis à la concurrence toujours plus acerbe, au dumping social et fiscal (coût du travail inférieur [3], faible réglementation), et à la spécialisation à valeur ajoutée grandissante des pays en développement. D’autant plus que la population active engagée dans les échanges internationaux a doublé en 20 ans [4].

Dépasser le cadre manichéen mondialisation / démondialisation

Les deux camps présentent des arguments recevables, néanmoins l’ensemble des échanges mondiaux est plus complexe qu’il n’y paraît compte tenu de la construction des chaines de production actuelle. À titre d’exemple, la Chine est le plus grand exportateur mondial de produits informatiques, mais 95% du contenu des exportations provient d’importations préalables.

Plus spécifiquement, le cas français est intéressant [5]. Les emplois exposés à la mondialisation y restent minoritaires et ont tendance à diminuer dans l’emploi total. Ils s’accompagnent généralement de gains de productivité et d’une croissance des salaires plus importants. Ils sont aussi à l’origine d’effets d’entrainement positifs sur les emplois dits abrités. Les interrelations entre ces deux catégories d’emploi sont donc ambivalentes.

Que l’on penche du côté d’une mondialisation ou d’une démondialisation raisonnée, un des principaux défis des gouvernements reste de rendre la participation au commerce mondial, aussi minimale soit-elle, plus porteuse d’emploi et moins inégalitaire entre les emplois abrités et exposés à la mondialisation.

[1] Maurice Allais, La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : l’évidence empirique, 1999.

[2] Selon un sondage Ifop réalisé en 2011 en France, 84% des sondés considèrent que l’ouverture des frontières a un effet négatif sur l’emploi et 78% sur le niveau des salaires

[3] Le coût salarial chinois est deux fois plus faible que celui de l’UE à 27 (en parité de pouvoir d’achat)

[4] P. Artus et M-P Virard, La France sans ses usines, 2011

[5] P.Frocrain P-N Giraud, les emplois exposés et abrités en France, La Fabrique de l’Industrie, n°9, septembre 2016

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